CLAUDINE ET LUCIE GUÉRIN : UN COMBAT AU FÉMININ

À partir de l’hommage rendu au monument aux morts le 8 mai 2022 à l’occasion de l’anniversaire de l’Armistice de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945)

Le monument aux morts honore les soldats, l’une des stèles qui l’entourent, rappelle le nom d’une combattante de l’ombre : Claudine Guérin. La commune de Gruchet-le-Valasse projette de donner son nom à une nouvelle rue. A cette occasion, des recherches sont réalisées afin de retracer l’histoire de cette adolescente de 17 ans. C’est aussi le moment où l’on cherche des descendants, des parents pouvant assister à l’inauguration. C’est là que notre enquête débute.

POURQUOI CLAUDINE GUÉRIN ? QUI ÉTAIT-ELLE ?

Claudine Marie Guérin est née à Gruchet-le-Valasse, le 1er mai 1925[1]. Elle est la fille de deux instituteurs, Roger Lucien Louis Guérin et Lucie Augustine Guérin (née Couillebault). Son père, Roger Guérin, est né le 6 mars 1901 à Fécamp et sa mère, Lucie Guérin, est née le 11 août 1900 à Graville Sainte-Honorine, aujourd’hui faisant partie de la ville du Havre. Ils se sont mariés le 7 août 1923 à Fécamp[2]. Claudine Guérin fait ses études jusqu’au baccalauréat à Trouville et à Rouen suivant les affectations de ses parents. En 1941, elle entre au lycée Victor-Duruy à Paris (7e arrondissement).

Pendant la débâcle, au début de la Seconde Guerre mondiale, Roger Guérin est fait prisonnier de guerre et est envoyé en Allemagne. Lucie Guérin déjà membre du parti communiste français (PCF) depuis 1935, s’implique de plus en plus dans la résistance.

Prisonniers de guerre français et britanniques le 12 juin 1940 © Getty / ullstein bild Dtl.

[1] Archives municipales de Gruchet-Le-Valasse, Etat-Civil, acte n°32.

[2] Archives municipales de Fécamp ****, Registre des mariages, acte n°121

Est-ce l’influence de sa mère, l’emprisonnement de son père et/ou ses convictions personnelles qui poussent Claudine Guérin à la lutte ? La réponse serait intéressante mais ne changerai en rien l’issue de son combat. Claudine Guérin est arrêtée le 17 février 1942 dans son lycée pour fait de résistance, car les renseignements parviennent à la relier à certains hauts dirigeants de la résistance communiste française.

Après plusieurs transferts de camps à camps en France (Romainville-Compiègne), elle entre à Auschwitz le 24 janvier 1943, on lui attribue le numéro 31664. Une épidémie de typhus frappe les blocks des françaises au début de l’année 1943. Claudine Guérin meurt le 25 avril 1943[3], à l’âge de 17 ans, des suites de cette maladie.

 Photographiée à Auschwitz-I, le 3 février 1943, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne. Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

[3] Archives municipales de Gruchet-Le-Valasse, Etat-Civil, acte n°32.

LA RECHERCHE DE DESCENDANTS

L’histoire de la famille Guérin ne s’arrête pas à Auschwitz ou en Allemagne dans un camp de prisonniers. Bien au contraire.

Après avoir collecté un maximum d’informations sur tous les membres de la famille Guérin, on apprend que Lucie et Roger ont eu un autre enfant, plus jeune que Claudine Guérin, dont le nom n’est mentionné dans aucun des documents officiels. Le postulat de départ était de dire que cet enfant serait plus jeune qu’elle et de sexe masculin. Dans les archives municipales de Gruchet-le-Valasse, il n’y a aucune trace de cet enfant ni après, ni avant 1925.

Le premier document

L’indice principal provient du permis de conduire[1] de Roger Guérin. En effet, il y est renseigné son état civil, sa classe militaire, ses différentes affectations militaires, ses différents lieux de résidence, et le nombre d’enfant. En confrontant le lieu de résidence et le nombre d’enfant, le 7 juillet 1925, on remarque qu’il déclare un enfant et son lieu de résidence est à Gruchet-le-Valasse jusqu’au mois d’août de la même année. En revanche, le 7 janvier 1930, Roger Guérin déclare deux enfants. On sait donc que le cadet de Claudine Guérin est né entre 1925 et 1930. A partir du 14 août 1925, la famille Guérin réside au Havre-Graville, quai du Garage « chez Mme Couillebault ».

[1] Permis de conduire de Roger Lucien Louis Guérin

Par déduction, il est logique de se tourner vers les archives municipales du Havre, dans l’espoir de trouver trace du dernier enfant du couple. Les archives municipales de l’état-civil du Havre ont grandement simplifié la recherche. En effet, comme jusqu’ici cet enfant est supposément un garçon sans prénom et que le patronyme Guérin est commun, le fait que les tables décennales mentionnent le nom de jeune fille de la mère à côté du nom de l’enfant est une aubaine.

L’aboutissement

On trouve ainsi Michel Fernand Guérin, né le 29 Novembre 1929, 9 rue Guillaume le Conquérant, fils de Roger et Lucie Guérin, domiciliés au Havre, quai du Garage[1]. Il se marie à Asnières (Seine), le 7 Juin 1956 avec Marie Christiane Marguerite Alice Masson. Ils divorcent en 1975. Il décède le 6 Octobre 1979 à Paris dans le 13e arrondissement.

Il est très probable que Michel Guérin et son épouse aient eu des enfants, cependant en raison du délai de prescription qui permet ou non la diffusion d’éléments personnels la recherche des descendants s’arrête là.

Selon son acte de décès Michel Guérin[2] était ingénieur et domicilié au 22 boulevard Kellermann dans le 13e arrondissement de Paris.

LUCIE GUÉRIN : UNE FEMME REMARQUABLE

Si pour la ville de Gruchet-le-Valasse, Claudine Guérin est un personnage important parce qu’elle est née dans la commune et qu’elle fut déportée en tant que résistante, la famille Guérin compte une autre héroïne, sa mère Lucie Guérin. Née en 1900 à Graville, qui n’appartenait pas encore à la ville du Havre, elle décède le 13 Juin 1973. Son divorce avec Roger Guérin est prononcé en 1960. Elle est une femme politique française, membre du Parti communiste Français. Elle est députée constituante de la Seine-Inférieure en 1945 et 1946, puis députée du même département jusqu’en 1951, sous la première législature de la IVe République.

Selon le site Internet de l’Assemblée Nationale, elle est arrêtée en 1941, internée jusqu’en 1944, puis déportée au camp de Ravensbrück (Allemagne), et est libérée le 7 mai 1945.

Elle est nommée membre de la Commission des pensions civiles et militaires et des victimes de la guerre et de la répression, s’indignant à plusieurs reprises du traitement réservé aux maquisards réfractaires. Elle est aussi nommée par la suite membre de la Commission de l’Education nationale, et de la Commission des pensions. A la fin de sa carrière politique nationale, elle revient à Rouen où elle se consacre à la vie politique locale et siège de 1953 à 1959 au conseil municipal de Rouen.


Lucie Guérin © Assemblée Nationale

Elle décède le 13 juin 1973, dans la commune de Fleury-Merogis, à l’âge de 72 ans. Lucie Guérin compte parmi les premières femmes députées de l’histoire en France.

[1] Archives municipales du Havre, Registre d’Etat Civil, acte n°2802

[2] Archives municipales Paris, Registre d’état civil, acte de décès n°2502.